LES « P’TITS NOUVEAUX » DE LA PHILANTHROPIE par Vanessa Ricard

Micro-don? Crowdfunding? Générosité embarquée? Depuis quelques années, nous avons remarqué l’apparition de nouveaux termes dans le domaine de la philanthropie; de nouveaux outils de collecte de fonds appelés à se développer rapidement grâce à l’avènement des nouvelles technologies, entre autres.  Attention, ces nouvelles méthodes ne remplaceront pas les formes classiques (bien que celles-ci soient en stagnation), elles les compléteront et assureront plutôt un certain transfert vers les prochaines générations.

CROWDFUNDING (FINANCEMENT PARTICIPATIF) : LE POUVOIR DES MASSES

Le financement participatif mise sur l’appui d’une communauté envers un même projet. La contribution peut prendre différentes formes : don, prêt, échange d’action, part des bénéfices éventuels, etc. Bien que ce concept eût été utilisé il y a bien longtemps (voir plus bas), il fait l'objet actuellement d'un large engouement en raison de sa simplicité de fonctionnement et de la multitude de plateformes développées.

Selon le Fonds des médias du Canada, en avril 2013, il y a plus de 580 plateformes de financement participatif actives dans le monde, dont la majorité est située en Europe occidentale et en Amérique du Nord. Environ 45 plateformes de financement participatif sont actuellement basées au Canada.

Le succès de Kickstarter
Depuis son lancement en 2009, 5,5 millions de personnes ont amassé 943 millions de dollars en finançant 55 000 projets créatifs.

Plateforme de Québec pour Québec
La Ruche est une plateforme de financement participatif exclusive à la région de Québec. Ses objectifs : faire rayonner la vieille capitale, dynamiser l’économie locale ainsi que valoriser l’initiative individuelle et l’implication citoyenne.

Le crowdfunding ne date pas d’hier !
Avant Kickstarter ou la Ruche, avant les Facebook de ce monde, il y eut… la Statue de la Liberté !

Devant le refus du Congrès américain de financer le socle de la statue, Joseph Pulitzer, fondateur du journal New York World, mena une vaste collecte de fonds afin d’inciter les classes aisées à participer financièrement au projet. Le reste, c’est de l’histoire !crown1

EMBEDDED GENEROSITY OU LA « GÉNÉROSITÉ EMBARQUÉE » : DONNER PEU, DONNER VITE

Malgré un terme drôlement traduit, le concept de la « générosité embarquée » est très simple. Il s’agit de greffer une opportunité de générosité à des actes du quotidien ou des achats habituels. L’intérêt pour ce principe est si grandissant que la société indépendante d’étude de tendances Trendwatching l’a même souligné comme étant une tendance de consommation à surveiller lors de son rapport 2010.

Une étude effectuée par Cone Communications en 2008 a démontré que 79% des consommateurs changeraient d’une marque de produits à une autre si cette dernière était associée à une bonne cause. Voilà pourquoi certains secteurs d’activités se greffent à ces opérations de générosité embarquée permettant ainsi d’allier solidarité et  marketing de marque.

Le cas TOMS
Depuis sa fondation en 2006, la compagnie de chaussures TOMS a distribué plus de 10 millions de paires de chaussures en Amérique centrale et latine, en Afrique et en Asie par le biais de sa campagne « One for One ». En effet, avec chaque paire de chaussures achetée, TOMS fait don d'une autre paire à un enfant dans le besoin. Face au succès de cette campagne, TOMS a décidé de récidiver. Chaque paire de lunettes achetée permet à l’entreprise de payer des soins oculaires (lunettes de prescription, chirurgie de l’œil ou traitements médicaux)  à des populations qui en ont le besoin en commençant par le Népal, le Cambodge et le Tibet.

Des exemples bien de chez nous
Bien que les sondages nous placent régulièrement derniers de classe en terme de générosité, les partenariats commerciaux sont nombreux au Québec. De plus, il n’est pas rare de voir une personnalité connue s’associer à un organisme à but non lucratif. Voici quelques exemples :
• Les Cowboys Fringants versent 1 ou 2 $ sur chaque billet ou album vendu à sa fondation visant la protection de l’environnement.
• Pour chaque emballage de yogourt à boire avec stérols végétaux Danacol®, 10 cents sont versés à la Fondation des maladies du cœur.
• Chaque année, un pourcentage des achats annuels faits par l'ensemble des détentrices de la carte MasterCard Allure est versé par la Banque Nationale à la Fondation du cancer du sein du Québec.
• Pour chaque bijou vendu de la collection Rose de Caroline Néro, 4$ sont remis à la fondation Kelly Shires qui vient en aide directement aux personnes atteintes du cancer du sein.
• La campagne des «Vins généreux» de la Société des alcools du Québec (SAQ) qui permet  aux Banques alimentaires du Québec de récolter 1 $ pour chaque bouteille de vin blanc vendue pendant un weekend donnée.
• L’humoriste Jean-Michel Anctil s’associe depuis maintenant 11 ans à la Fondation Québec Jeunes lors des Galas « Accroche-Cœur ».

MICROPHILANTROPIE : DONNER PEU, DONNEZ SOUVENT
Après la naissance de la microfinance, les microentreprises et le microcrédit, voilà que s’amène la microphilanthropie. Les deux notions ci-haut mentionnées font d’ailleurs partie de cette grande tendance.

Basée sur le principe des petits ruisseaux qui forment les grandes rivières, la microphilanthropie consiste à multiplier les petits dons (microdon) pour obtenir des sommes importantes. Le microdon correspond donc à une nouvelle possibilité plus accessible à tout un chacun de faire preuve de générosité. On peut également faire le rapprochement entre les caractéristiques du microdon et celles de la consommation du XXIe siècle : spontanéité et fréquence! Les microdons peuvent être recueillis par différents moyens, mais sont régulièrement associés à la générosité embarquée (voir plus haut). Exemple : La caissière de votre supermarché qui vous demande « Désirez-vous ajouter 2 $ au profit de … ».

Le modèle MicroDON
Cette entreprise française propose de nouvelles façons de donner de faibles sommes à travers les transactions du quotidien. Par exemple, lancé en septembre 2013, leur programme L’ARRONDI permet aux clients de magasins partenaires d’arrondir à la hausse leur facture, faisant don ainsi de la différence. Une facture de 19,34$ deviendrait alors 20 $ et 0,66 $ serait versé à la cause de leur choix. Selon les prévisions de l’organisme, plus de 200 magasins se joindraient au concert d’ici 2014. Bel exemple de microgénérosité embarquée 

Yes we can !
Le président Obama fut certainement l’un des utilisateurs de la microphilanthropie les plus médiatisés des dernières années alors qu’il eût réussi à financer sa campagne présidentielle 2008 en amassant plus de 500 M$ en « petits » dons, soit avec des dons moyens de moins de 100 $.

Qu’on le veuille ou non, la philanthropie telle qu’on la connaît est appelée à changer. L’arrivée de technologies nouvelles ou bien le vieillissement de la population pousse les organismes à se renouveler et développer de nouveaux outils. Des outils de collecte innovants qui sauront séduire la fameuse « Génération Y », nouvelle cible de donateurs qui est beaucoup moins encline à envoyer un simple chèque par la poste (La poste? C’est quoi ça?).

Pour l’instant, nous manquons encore de chiffres pour mesurer le développement de ces nouvelles tendances. Une chose est sûre, nous n’y voyons que la pointe de l’iceberg.

«N’est-il pas merveilleux de penser que nous pouvons tous, à l’instant même, travailler à la création d’un monde meilleur? »
– Anne Frank

Bon succès!

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